Dans son petit atelier de Sauve, au pied des Cevennes, Marc Khaïm Seligmann, 85 ans, et son assistant Brice Coupat fabriquent des Bansuris, ces flûtes traversières traditionnelles indiennes en bambou. Que lui achètent jazzbands et musiciens traditionnels du monde entier…
Il y a une forme d’intensité qui frappe lorsque l’on pousse la porte de l’atelier échoppe; au cœur d’un village médiéval où l’histoire est omniprésente, dans une bâtisse du XIIième siècle, Marc Khaïm me reçoit dans son atelier boutique, entouré de flûtes et de bambous.

Au milieu d’un curieux mélange de figures bouddhistes, de machines à bois et d’une foule de souvenirs, le regard vif et clair, il a encore le geste précis de celles et ceux que la passion habite.
« Rassurez-vous, si je continue ce n’est pas par nécessité; c’est une passion, et puis je voulais transmettre tout ça, le savoir-faire, l’expérience accumulée… »
Au premier abord, une flûte en bambou – un bansuri -, c’est un bambou percé d’une série de trous. Mais il faut toujours se méfier des simplifications. Marc Khaïm le sait bien, lui qui est longtemps allé en Inde chaque année pour choisir lui-même des bambous d’une variété spécifique, qu’il faut couper à la bonne lunaison, qui se distinguent par une qualité de vibration et une couleur sonore propre à chaque univers musical, dont il fera des instruments d’exception, rigoureusement étalonnés….
C’est en Inde qu’il a rencontré les plus grands musiciens et luthiers d’alors, au cours d’un séjour initiatique de 5 ans dans les années 70.
Aujourd’hui c’est Brice qui s’y rend régulièrement pour assurer l’approvisionnement en bambou.
« Pour faire un bansuri il faut d’abord le bon bambou, celui qui est adapté à l’instrument que l’on veut faire. On le fait sonner en le frappant doucement pour évaluer la densité du bois, et on le choisit en fonction de la tonalité voulue. Ensuite il est coupé, percé, renforcé à l’aide de fil, et enfin signé. » A chaque étape, l’instrument est testé et vérifié, pour finalement devenir un objet unique, instrument de haute facture. Il y a aussi mille prétextes pour jouer. Alors les flûtes sonnent, les mélodies s’accordent et on peut lire sur leurs visages le plaisir du jeu, du son, et du dialogue musical.
Du fond de son échoppe, Marc Khaïm expédie ses flûtes dans le monde entier. « En ce moment il y a beaucoup de formations de jazz qui s’intéressent aux bansuris. Mais on voit aussi des formations de musique contemporaine, et aussi bien sûr de musique traditionnelle. »
Cette série est disponible sur Hans Lucas.




















